Seuls quelques grands hommes d’état ont su au bout d’un temps, comprenant que la société et les hommes évoluent d’une manière continue, renoncer au pouvoir : De Gaulle, Senghor, Mandela. Mais ils constituent l’exception en ce monde où le « sur ego »est de mise. En cela, ils ont donné à tous une grande leçon de démocratie.
Lorsque les populations sont à bout, ce sont elles qui chassent les despotes et la masse, si pacifique soit elle, finit toujours par exprimer son ras le bol et son dégoût accumulés au fil de ses humiliations et de ses souffrances.
La révolution du « jasmin » en Tunisie, petit grain de sable du grand édifice de l’humanité, en apporte la confirmation à ce jour.
Peuple du monde Arabe et de la Méditerranée, le peuple Tunisien se caractérise par un esprit de tolérance et une grande sagesse. Pays ouvert depuis toujours, il est un mélange de populations diverses : Phéniciens, Berbères, Juifs, Romains, Arabes, Turcs, Italiens, Français, Maltais.
Cette diversité lui a apporté ses richesses, sa culture.
La Tunisie est aujourd’hui une république arabe dont la religion est l’Islam ainsi que le stipule l’article 1 de sa constitution. Il s’agit d’un Islam sunnite et modéré qui ne veut pas être un frein au progrès et ce pays se flatte de constituer un exemple pour le monde arabe et les pays en développement.
C’est Habib Bourguiba qui, à partir de 1956 date de l’indépendance, a commencé de transformer le pays pour le conduire vers la modernité. Mieux que quiconque il a compris ce qu’étaient les enjeux du futur :
Le code du statut personnel qui reconnaissait à la femme tunisienne tous les droits que l’on peut reconnaître aux femmes dans un pays avancé :
Droit à l’éducation (obligatoire pour les deux sexes jusqu’à 16 ans), droit de vote, droit au travail, droit à conserver les biens acquis en cas de divorce, interdiction de la polygamie etc.
La femme tunisienne dispose aujourd’hui d’un statut qui est non seulement et de très loin le plus avancé de tous les pays arabes, mais que pourraient envier bien des pays occidentaux.
L’irrigation et l’apport de l’eau courante sur la totalité du territoire, de même que l’électricité, le téléphone et la télévision.
Le développement du planning familial, la création de dispensaires, le droit à la santé pour tous (hôpitaux et médicaments gratuits pour les indigents).
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Le développement du tourisme source de beaucoup d’emplois et également d’ouverture vers le monde extérieur.L’artisanat traditionnel a continué de se développer en même temps que l’on a encouragé des étrangers à venir installer des usines off shore (en particulier dans le textile.)
Mais sans doute la plus grande réalisation de l’ère Bourguiba est-elle celle de l’éducation : En 1970, le taux de scolarisation était de 98% (comparable à celui de la France) et depuis, il est resté le même. Aujourd’hui en Tunisie, il y a pléthore de diplômés de l’enseignement supérieur si bien que beaucoup d’entre eux sont partis à l’étranger où leurs compétences sont unanimement reconnues.
Au début des années 80 Bourguiba, vieillissant, a commencé à être dépassé n’arrivant plus à suivre l’évolution du pays et malgré ce, s’accrochant au pouvoir...Et ce fut l’époque des intrigues de palais pour la succession et des caprices quotidiens du vieux président quelquefois ruineux pour l’Etat.
Dans ces années là, s’est développé un mécontentement populaire dû au fait que le pouvoir d’achat n’a pas suivi l’augmentation du coût de la vie (forte augmentation des produits importés suite à une grande inflation dans les pays Européens, mises en garde et restrictions du fonds monétaire international, etc.)
Après la « guerre du pain » (qui a touché d’autres pays, dont le Maroc en 1984)
qui était une révolte des plus démunis, le gouvernement a dû compenser le prix de certaines matières premières pour calmer les esprits. Il s’en est suivi une période de restrictions sur les produits importés, si bien qu’à un certain moment on ne trouvait plus aucun équipement industriel ou ménager, plus de lait ou de farine, on a même eu droit à une pénurie d’huile alors que le pays est le deuxième producteur mondial d’olives.
Bourguiba n’ayant pas su se retirer à temps, il a créé une brèche dans laquelle se sont engouffrés les fondamentalistes :
La création du parti « Ennadah » (Renouveau) succédant à l’ancien MTI et la montée en flèche de l’intégrisme religieux dans ce milieu des années 80, ont été source d’inquiétudes pour la plupart des Tunisiens qui vivaient encore dans la fierté de leur indépendance et dans l’espoir que celle-ci avait suscité. Mécontentement, grèves à répétition, défilés dans les rues où des jeunes, barbus ou voilées brandissaient des pancartes où était inscrit :
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« Bourguiba est l’ennemi de Dieu », ont amené le coup d’état en douceur du 7 Novembre 1987. Ben Ali, dernier premier ministre de Bourguiba s’est présenté comme Le Sauveur, le seul capable d’éviter le chaos et une guerre civile. Tout le monde sans exception (à part quelques intellectuels isolés) a cru en lui et l’a soutenu, y compris les islamistes d’Ennadah. Moncef Marzouki lui-même, à l’époque président de la ligue des droits de l’homme a reçu des garanties de Ben Ali (ils se sont brouillés par la suite). Tous les partis interdits jusqu’alors ont été à nouveau autorisés et le secrétaire général du parti communiste en exil Mohamed Harmel est revenu à Tunis où il a été reçu en grande pompe par Ben Ali. Le parti socialiste destourien (PSD) de Bourguiba est devenu le rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) et les derniers Bourguibistes non corrompus en ont gardé les rênes.
En fin politique, Ben Ali s’est empressé d’aller faire le pèlerinage à La Mecque, n’a plus parlé de l’interdiction du port du voile à l’école et a promis la suppression de la peine de mort. Il n’y aurait plus jamais de prisonniers politiques, plus de président à vie et l’on organiserait les élections de manière démocratique. Chaque Tunisien se remettrait au travail, on allait libéraliser l’économie et les investisseurs étrangers reviendraient en masse, encouragés par l’allègement des barrières douanières et du système bancaire. En même temps, Ben Ali contrôlait tout : la police, l’armée, l’administration, nommant lui-même chaque sous préfet.
L’ère Ben Ali, au début, a été une période de grande prospérité qui a profité à une grande majorité de Tunisiens. L’essor de l’économie a été fulgurant et le niveau de vie a quasiment doublé en quelques années. Le nombre de diplômés de l’enseignement supérieur s’est encore accru, on a créé des caisses de retraite, et l’on a conservé toutes les avancées sociales ou sociétales de l’ère Bourguiba.
Malheureusement, les islamistes se sont vite montrés agressifs envers le nouveau pouvoir car le 7 Novembre avait sonné le glas de leur défaite. Ben Ali a bien entendu réagi énergiquement face aux islamistes et leur a livré dès lors une guerre sans merci. Certains de leurs dirigeants ont été mis en prison, d’autres ont fui à l’étranger (après avoir été condamnés à mort pour certains) et les militants de base se sont montrés beaucoup plus discrets, même si l’on a eu à déplorer quelques attentats (hôtels de Monastir, synagogue de Jerba).
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