Dès lors, on a assisté à un durcissement du système :
Tout d’abord un recrutement sans précédent de policiers, en particulier en civil, chargés du contrôle renforcé des frontières terrestres (Algérie surtout).
Renforcement de la sécurité intérieure et extérieure.
Encouragement de la délation, avec parfois des arguments pécuniaires.
Interdiction d’Ennadah et dans la foulée, d’autres partis d’opposition.
Confiscations de passeports, menaces policières ou administratives etc.
Arrestations arbitraires et tortures dénoncées par la société internationale.
Au début des années 2000, l’économie est en plein essor et le P.I.B augmente de façon spectaculaire. Mais cela profite-t-il à tous les Tunisiens ?
Des régions entières ne semblent pas intéresser outre mesure le pouvoir, beaucoup plus motivé par les « affaires » que peuvent réaliser les amis et les proches, et l’on voit se creuser le fossé entre les zones supposées avoir de l’avenir (les régions côtières) et les zones pauvres délaissées de plus en plus (les zones rurales de l’ouest du pays). Le clientélisme et le népotisme deviennent peu à peu la règle et s’installe une corruption comme la Tunisie n’en avait jamais connue : On connaît l’exemple du lycée privé de Tunis contraint de fermer ses portes parce que Mme Ben Ali Trabelsi avait décidé d’en ouvrir un autre lui appartenant, d’hôteliers à qui l’on refusait un permis de construire alors que dans le même temps d’autres hôtels voyaient le jour lorsqu’ils appartenaient à la famille. |
Les exemples sont légion. Les jeunes diplômés n’obtiennent pas de travail s’ils ne sont pas membres du RCD si bien que certains d’entre eux s’expatrient à l’étranger ou acceptent des petits boulots lorsqu’ils préfèrent rester sur place.
Les différents partis d’opposition ne pouvant plus s’exprimer devant des médias entièrement contrôlés par le pouvoir, finissent par boycotter les élections.
Tout cela a fini par créer le malaise qui est à l’origine de la révolution du jasmin.
Ben Ali parti, que va-t-il advenir de la Tunisie ? Aujourd’hui, face à face, la puissante centrale syndicale UGTT et le parti islamiste Ennadah. Ni l’une ni l’autre n’ont fomenté cette révolution mais chacune aimerait bien récupérer le mouvement. L’UGTT (union générale des travailleurs de Tunisie) a été l’un des éléments moteurs de tous les changements qui se sont opérés en Tunisie depuis la lutte pour l’indépendance dans les années 30 jusqu’au « coup d’état » du 7 Novembre 1987. Celle-ci se présente en championne de la défense des intérêts des travailleurs mais une scission s’est déjà opérée en son sein, certains membres la pensant trop proche du pouvoir. Ennadah, le parti islamiste, démantelé au cours de la dernière décennie aimerait bien se reconstituer et son chef historique Rached Gannouchi en exil à Londres est déjà rentré à Tunis. D’autres ont suivi ou s’apprêtent à le faire. Ennadah est un parti qui se dit modéré et proche des Frères Musulmans d’Egypte.
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On sait bien le danger que constitue un parti islamiste, même prétendument « modéré »,
pour la liberté et la démocratie.
Et puis surtout, il y a la jeunesse pleine d’espoir qui ne veut pas se laisser « voler » sa révolution.
Y a t il danger islamiste en Tunisie ? Cela paraît bien improbable dans un pays où il n’y a pas d’illettrisme, où il y a une tradition de tolérance et des relations étroites avec le monde occidental. De surcroît, l’Islam sunnite se laisse généralement moins tenter par les sirènes du fondamentalisme que son homologue chiite.
Peut-on se diriger vers un système démocratique ? C’est ce à quoi aspirent la majorité des Tunisiens, les jeunes en particulier. On peut l’imaginer et l’espérer, encore que les meilleures conditions pour le réaliser seraient d’instaurer un état laïque. Mais la Tunisie est-elle prête à accepter la laïcité ? N’y a-t-il pas encore trop d’obstacles pour cela ? Quoi qu’il en soit, le peuple de Tunisie vient de faire un grand pas en avant en désirant devenir le maître de son destin et c’est à lui de bâtir une nation nouvelle où il fera bon vivre pour les générations futures.
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